001 frise berder

  

Immobile, accroupi sur son rocher, dans une concentration minérale et silencieuse, un petit garçon écoute et regarde : il attend la crevette avec son épuisette. C’est marée basse sur le gois de l’île de Berder. Il fixe une poche d’eau claire derrière ses grosses lunettes.  « Tu es drôlement patient ». Un seul mot, et voici le petit sphinx qui s’envole en un clin d’œil ! Nous voilà face à un drôle de lutin malicieux. Enfin des gens qui s’intéressent à son travail, semble-t-il nous dire, c’est pas trop tôt ! Il s’anime, il relève la tête et il baragouine : il vient de Savoie et, tu comprends, en Savoie, y a pas trop de crevettes dans les rivières. Soudain,  il signale une bestiole et s’agite pour l’attraper. Voilà une crevette grise qui fait une fière pèche ! Il nous la montre et bavarde à toute vitesse pour ne pas qu’on s’en aille. On regarde la bête immobile dans le seau, pas bien méchante, un peu dépressive et toute maigrichonne. On félicite notre petit compagnon : ça fera sans doute un bel apéro.

L’île de Berder couvre 23 hectares. Elle est reliée à Larmor-Baden par une chaussée noyée à marée haute. On peut y rester 4 heures, au maximum. Sinon, on attend 6 heures que la mer redescente, ou bien on appelle les pompiers qui viendront nous sauver, moyennant 500 euros par personne. Donc, on vérifie bien les horaires affichés à l’abord de l’île. Ici, on ne peut que faire le tour, à pied, par le sentier côtier, car l’accès à l’intérieur de l’île est privé. Compter une heure. À la pointe de la jument, on s’émerveille devant la force du courant. Un voilier tente de le remonter et s’obstine à faire du surplace. Un kayak de mer dévale dans l’autre sens. Plus loin, au cimetière des bateaux, des coques éventrées à la peinture écaillée offrent de jolies couleurs. D’énormes pins sortent du sol, comme enroulant leur tronc autour du vent, les racines sortant en grosses tentacules nouées.